En période hivernale, les conditions météorologiques extrêmes mettent à l’épreuve la continuité des opérations aéroportuaires françaises. Qu’il s’agisse de givre, de neige ou de verglas, la préservation de la sécurité des vols passe par une chaîne d’interventions techniques rigoureuses, où le dégivrage des avions tient un rôle clé.
Le dégivrage est une exigence réglementaire inscrite dans les protocoles de sécurité aérienne : un avion dont les surfaces critiques sont contaminées par du givre ou de la neige perd une partie de sa portance, augmentant les risques au décollage.
Chaque hiver, les aéroports français, en coordination avec les compagnies aériennes et les sociétés d’assistance en escale, déploient un dispositif technique et humain calibré pour faire face à ces risques.
Un processus normé et sous contrainte de temps
Le dégivrage des avions suit une procédure précise, harmonisée au niveau international. Il s’articule en une ou deux étapes selon les conditions météorologiques :
- Dégivrage curatif : les équipes appliquent un fluide dégivrant, composé d’un mélange d’eau chaude et de glycol à plus ou moins forte concentration, destiné à éliminer la couche de givre ou de neige présente sur l’appareil et à assurer un temps de protection de quelques minutes à quelques dizaines de minutes.
- Antigivrage préventif : si les conditions de givrage sont connues à l’avance ou si les précipitations se poursuivent (neige ou pluie verglaçante), un second fluide plus concentré en glycol est appliqué. Sa viscosité forme une pellicule protectrice empêchant toute contamination des surfaces traitées pendant une durée plus longue pouvant aller jusqu’à plusieurs heures.
Les opérations doivent être réalisées dans une fenêtre de temps étroite. Un temps de protection (Hold Over Time) défini par la nature du fluide, la température extérieure et l’intensité des précipitations, garantit que l’avion reste exempt de contamination entre la fin du traitement et son décollage. Si ce délai est dépassé, l’appareil doit retourner en aire de dégivrage.
En France, les configurations diffèrent selon les plateformes. À Paris-Charles de Gaulle, les opérations se déroulent sur des aires dédiées situées près des pistes, optimisant ainsi la coordination avec le contrôle aérien. À Paris-Orly ou dans d’autres plateformes régionales, le dégivrage s’effectue souvent directement sur les postes de stationnement, sous la responsabilité des compagnies aériennes ou de leurs assistants en escale.
Coordination interprofessionnelle et anticipation
Le dégivrage ne s’improvise pas : il s’inscrit dans le cadre plus large des plans neige élaborés dès la fin de la saison estivale. Ces plans précisent les responsabilités de chaque acteur (gestionnaires d’aéroports, compagnies aériennes, assistants en escale, autorités de l’aviation civile), définissent les chaînes d’alerte météo et organisent les exercices de simulation grandeur nature.
Ces entraînements sont cruciaux pour garantir la fluidité des échanges entre :
- Les équipes de dégivrage, responsables du traitement des avions.
- Les équipes de déneigement, chargées de maintenir les pistes, voies de circulation et aires de trafic opérationnelles.
- Le contrôle aérien qui autorise les mouvements.
- Les compagnies aériennes qui ajustent leurs programmes en fonction des conditions.
« La performance des opérations hivernales repose sur une parfaite synchronisation entre tous les maillons de la chaîne aéroportuaire, du traitement de l’avion jusqu’à son autorisation de décollage », souligne Bruno Chanet, Directeur d’Exploitation pour le Groupe 3S Alyzia en charge du dégivrage à CDG en sous traitance pour ADP.
Un virage technologique pour répondre aux enjeux environnementaux
Plusieurs innovations technologiques permettent aujourd’hui de concilier performance opérationnelle et engagement environnemental :
- Les dégivreuses hybrides : déployées sur plusieurs grandes plateformes françaises, ces équipements peuvent fonctionner en mode électrique lors de l’application des fluides, réduisant significativement la consommation de carburant.
- L’optimisation des buses de pulvérisation : les nouveaux systèmes de projection permettent une couverture plus homogène des surfaces critiques, réduisant les pertes de fluide.
- L’utilisation de dégivreuses équipés de système de mélange permettant d’adapter les taux de concentration en glycol aux conditions hivernales du jour, permettent de limiter considérablement les volumes de liquides de dégivrage
- La gestion optimisée des stocks et des flux : des outils numériques permettent de surveiller en temps réel les consommations, d’ajuster les approvisionnements et d’éviter tout gaspillage.
- L’utilisation en test de biocarburant HVO : composé d’huile végétale hydrotraitée produite à partir de matières premières non alimentaires, ce biocarburant commence à alimenter des engins sur l’aéroport d’Orly.
La formation, pilier de la réactivité
Si les équipements et les technologies évoluent, la formation des équipes reste un facteur clé de succès avant le début de la saison hivernale. Après six mois d’inactivité pendant la saison été, seule une formation sur simulateur et sur les matériels en conditions réelles permet la remise à niveau des compétences et de préparer les équipes aux épisodes neigeux.
En France, les gestionnaires aéroportuaires et les prestataires d’assistance en escale investissent chaque année dans :
- Des sessions de formation initiale pour les opérateurs de dégivrage.
- Des exercices de simulation en conditions réelles.
- La mise en situation virtuelle, grâce à des simulateurs permettant de reproduire les conditions météo extrêmes.
Ces dispositifs assurent la montée en compétence continue des équipes, tout en renforçant leur capacité à prendre des décisions rapides et adaptées face à des situations météorologiques imprévues.
Une expertise française au service de la sécurité aérienne
Dans un contexte de changement climatique où les épisodes de neige sont moins fréquents mais potentiellement plus intenses et imprévisibles pendant les six mois de la saison hivernale, la capacité d’anticipation et d’adaptation des acteurs aéroportuaires français constitue un véritable levier de performance.
Le dégivrage, loin d’être une simple opération technique, incarne la capacité collective du secteur à garantir la sécurité, la fluidité et la responsabilité environnementale du transport aérien, même face aux hivers les plus rigoureux.
Cet article est issu d’un groupe de travail mené avec le Groupe 3S Alyzia, sous les conseils de Bruno Chanet, Directeur d’exploitation pour le Groupe 3S Alyzia à Paris-Charles de Gaulle.
Crédits photo : Sébastien Aubry, Hannah Courseaux, Julie Leblond et © Groupe ADP